Charte

Pourquoi une Charte?

Note: les participant.e.s aux espaces en non-mixité choisie (féministes, personnes racisées, LGBTQI+) décident pour iels-mêmes, peuvent écrire leur propre charte et organiser librement leurs propres espaces.

Nous avons écrit cette Charte à laquelle tout le monde peut adhérer, afin que chaque personne se sente à l’aise au camp, peu importe d’où elle vient. Cette Charte découle des réunions « Shape the Camp », au détour desquelles des personnes issues de différents groupes opprimés ont donné quelques pistes pour que le camp soit le plus accueillant pour elles et que cela se reflète dans son organisation. Bien que cette charte soit le fruit d’un processus qui a impliqué des groupes opprimés, nous pensons que ces principes peuvent bénéficier à tou.te.s, en créant une atmosphère plus sereine, bienveillante et libérée des normes sociales auxquelles nous devons d’habitude faire face en société.

Il n’y a pas de “police” pour faire appliquer ces règles, mais nous attendons que chacun.e prenne ses responsabilités pour ses actions. Si tu vois une personne faire quelque chose qui met mal à l’aise d’autres personnes, n’hésite pas à lui parler. Il y a également une équipe « awareness » qui a été mise en place pour rendre le camp le plus sûr possible, dans l’esprit de cette Charte. Des informations complémentaires sur les moyens de contacter cette équipe et sur la manière dont elle entend procéder sont disponibles plus bas.

Nous voyons cette Charte comme partie d’un processus d’apprentissage qui vise à combattre les oppressions dans la communauté activiste, et nous croyons aux bienfaits de l’apprentissage par l’expérience. Nous ne prétendons pas  détenir la vérité, donc n’hésite pas à nous faire parvenir tes retours, tes réflexions ou tes propositions, car elles pourront servir pour de futurs événements comme celui-là.

Il est également possible que certains besoins apparaissent pendant le camp, et que cette Charte évolue. Par exemple, si un groupe de personnes souhaitent faire une proposition (qui a émergé lors d’une réunion ouverte à tou.te.s ou en non-mixité choisie), iels peuvent contacter l’organisation du camp.

N’hésite pas à discuter de cette Charte avec les personnes autour de toi, surtout si tu as des questionnements ou des réticences par rapport à cette dernière ! N’oublie pas que tu ne détiens pas non plus la vérité, et essaie d’apprécier d’autres points de vue ou de respecter le fait que certaines personnes ne voudront pas en discuter avec toi, notamment lorsque ces dernières sont directement affectées par ce dont vous discutez.

La Charte

Le racisme, tout comme l’âgisme, l’homophobie, le sexisme, la transphobie, le validisme ou toute discrimination active ou manque de respect basé sur l’ethnicité, la nationalité, la classe, le genre, l’expression de genre, la maîtrise d’une langue, le statut de séjour ou les croyances religieuses, seront combattues sur le camp. 

Respecte les limites, c’est-à-dire « Essaie de bien te comporter »

  • Si certaines personnes te disent qu’elles sont blessées ou affectées par quelque chose que tu as fait ou dit, reconnais leur expérience ! Ce qu’iels ressentent est valide, même si tu ne le comprends pas ou n’es pas d’accord. Même si tu n’avais pas l’intention de les blesser, tes intentions sont moins importantes que ce que ressentent ces personnes. Excuse-toi, ce n’est pas difficile.
  • Assure toi d’avoir un consentement explicite lorsque tu touches une personne. C’est son corps, pas le tien. Par exemple, si tu te dis que les cheveux bouclés de cette personne ont l’air super attirants et que tu as envie de les toucher, ou que tu vois une personne arriver à un atelier et que tu as envie de la prendre de tes bras, retiens toi (sauf si tu as eu un consentement explicite pour le faire).
  • Ne présume pas le genre d’une personne. Certaines personnes ont une expression de genre différente de leur identité de genre. Respecte l’identité de tou.te.s.
  • Demande à la personne quel pronom utiliser. Les pronoms les plus communs sont : il/elle, ils/elles, iel/iel.les ou pas de pronom.
  • N’utilise pas le dead-name de quelqu’un (le dead-name est le prénom qu’une personne décide de ne plus utiliser au profit d’un prénom lui correspondant mieux)
  • Essaie de t’exprimer de manière neutre au niveau du genre. Par exemple, il est inutile de s’adresser à un groupe en disant « salut les gars », ou « salut les gars et les meufs ». « Salut » fait très bien l’affaire, et ne contribue pas à renforcer des structures de genre binaires.
  • Certain.es ne souhaitent pas être pris.es en photo. Iels ont leur raison, et ces raisons ne te regardent pas. Assure toi d’avoir la permission explicite de toutes les personnes dans le cadre lorsque tu prends une photo (et, oui, ça concerne aussi les personnes dans le fond dont on ne peut pas voir le visage).
  • Les espaces féministes, LGBTQI+ et pour les personnes racisées sont, comme leur nom l’indique, des espaces réservés aux personnes membres de ces communautés. Si tu es blanc.he, ne va pas dans un espace pour personnes racisées. Si tu es un homme cisgenre, ne va pas dans l’espace féministe. Si tu es cisgenre et hétérosexuel, ne va pas dans l’espace LGBTQI+. Respecte la volonté de ces communautés d’avoir un espace pour elles. 

Alcool et autres drogues

  • Le camp est une zone sans drogue et sans alcool, à l’exception du bar. Nous ne vendrons de l’alcool que le soir. Nous ferons attention à proposer une sélection sympathique de softs sur le camp (au bar, et à d’autres endroits).
  • Si tu fumes, ne le fais pas près des enfants et demande aux personnes autour de toi si ça les dérange. 

Toilettes et douches

  • Les toilettes ne sont pas genrées, y compris les urinoirs. Sois sympa et ne fais pas de remarques sexistes aux personnes qui les utilisent. De manière générale, c’est toujours une bonne idée de s’occuper de ses affaires lorsqu’on fait ses affaires !
  • Pour les douches, il y aura un horaire spécifique à respecter.

Papiers

  • Toutes les personnes présentes au camp n’auront pas forcément les bons papiers pour rester légalement en Belgique. L’équipe de coordination du camp ne demandera jamais à une personne de s’identifier.

Espace de repos

  • Ne te sens pas obligé.e de participer au programme du camp si tu n’en as pas l’énergie.
  • Il y aura des espaces de repos et de relaxation disponibles, mixtes et non-mixtes.

Autogestion

  • Le camp repose sur l’autogestion. Cela signifie que le camp ne peut fonctionner que si beaucoup de personnes y mettent du leur quand c’est nécessaire. Contribue quand tu le peux et en fonction de tes capacités, afin que les besoins de chacun.es soient remplis. Si tu es dans une position dominante de manière générale, nous te demandons de réfléchir à ta contribution pour rendre ce camp le plus sympa pour tout le monde. 
  • Cela vaut aussi pour les donations : nous comptons sur les dons de tout le monde pour faire marcher le camp, en fonction des moyens de chacun.es. Si tu peux te le permettre, n’hésite pas à payer un peu plus pour permettre à une autre personne de participer au camp.

Espèces non-humaines

  • Un camp n’est pas l’espace le plus adapté pour nos ami.es non-humain.es. Dans la mesure du possible, il est préférable de les laisser chez toi. Si tu n’as pas d’autres options, alors montre-toi responsable, en respectant le fait que certaines personnes puissent être effrayées ou qu’elles veuillent te parler de leurs comportements. Pense également à ramasser les crottes de ton ami.e dans l’espace du camp. 
  • Nous demandons également que les chien.nes soient tenu.es en laisse, en particulier dans les espaces communs. Nous savons que cela peut être difficile pour les humain.es et leurs compagnon.nes mais notre expérience dans d’autres camps nous a montré que c’était préférable, car les camps ont des espaces exigus et accueillent des personnes qui ont peur des chien.nes ou des enfants.

Nudité

  • ous demandons à tous les adultes sur camp de porter un t-shirt au camp (ou tout autre top). Nous demandons cela parce que nous souhaitons lancer une discussion sur le privilège de se balader torse nu (la plupart du temps, au profit des hommes cisgenres considérés comme beaux selon les standards de beauté conventionnels) et parce que nous souhaitons créer un espace serein pour les personnes qui ont été victimes d’agressions sexuelles (auxquelles la vision d’un corps nu peut rappeler certains mauvais souvenirs ou mauvaises expériences).
  • Nous ne demandons pas cela parce que nous pensons que la nudité est honteuse.

Politique d’awareness

Une awareness team sera présente sur le camp et active durant la journée, composée d’une équipe présente dans l’espace awareness et une équipe mobile sur le camp. 

Chacun.e de ces deux équipes peut être mobilisée en cas d’agression ou de comportements oppressifs, que ce soit par la personne visée par cette agression ou par une autre personne. 

Le rôle de l’awareness team est principalement celui de : 

  • Offrir du soutien à une personne visée par une agression. Cela peut signifier : offrir de l’écoute, offrir un espace calme et sécurisant, offrir une présence physique, trouver une aide psychologique et/ou médicale, aider à partir du camp.
  • Traiter la situation autour de cette agression, incluant la responsabilité de la personne ayant commis l’agression. Ceci peut signifier :  protéger la personne agressée d’une nouvelle agression, parler avec l’agresseur.e, l’éloigner de certains espaces, voire lui signifier l’obligation de quitter le camp. 
  • Si la question de la restriction de la présence sur le camp d’une personne ou celle de son exclusion apparaît, l’équipe formera un « safe community circle » qui se rassemblera le plus vite possible et sera légitime pour prendre ce genre de décisions et les faire respecter. Le “safe community circle” est un cercle composé de personnes membres de l’équipe awareness, désignées au début du camp et qui se réuniront dès qu’une décision doit être prise concernant un.e agresseur.e. La composition de ce cercle reflétera le plus possible la diversité des personnes présentes sur le camp, afin de faire en sorte que la décision soit prise en conscience des enjeux de domination sous-tendant la situation d’agression. Le cercle sera souverain pour prendre des décisions concernant un.e agresseur.e, y compris lui interdire de s’approcher de sa victime, ou l’exclure du camp.

Politique concernant l’alcool et autres drogues

Nous souhaitons refléter différents besoins à travers notre politique concernant l’alcool et les autres drogues. D’un côté, nous souhaitons que le camp soit un espace safe pour les personnes qui ont eu de mauvaises expériences avec l’alcool et ne veulent pas y être confrontées, ainsi que pour les personnes sobres qui ne souhaitent pas être tentées et risquer une rechute. D’un autre côté, nous ne souhaitons pas non plus exclure les personnes en situation de dépendance ou qui souhaitent profiter d’une boisson alcoolisée. 

Le camp sera donc un espace sans drogue, à l’exception du bar :

  • Nous avons décidé de mettre le bar à un endroit différent de la zone festive, afin que les personnes qui ne souhaitent pas être confrontées à l’alcool puissent aussi profiter de la zone festive. Nous te demandons de respecter cette décision et de ne pas te balader avec de l’alcool en-dehors du bar.
  • La vente d’alcool se terminera à minuit. 
  • Concernant la cigarette, nous avons décidé de faire une exception par rapport à la politique d’espace sans drogue. Si tu fumes, pense à amener un cendrier portable et à demander aux personnes autour de toi si cela ne les dérange pas. Ne fume pas près des enfants. 

Nous proposerons différents softs, pour que les personnes qui ne souhaitent pas consommer de l’alcool ne soient pas limitées à prendre de l’eau ou du jus d’orange.

Même si nous n’exclurons pas des personnes de certains événements sur la base de leur taux d’alcoolémie, les principes que nous énumérons ici sont toujours d’application si tu es alcoolisé.e. L’alcool ne peut pas être une excuse pour mal se comporter et il est préférable de ne pas boire au point de ne plus pouvoir se gérer et/ou être responsable de ses actes. Respecte les limites de chacun.e en permanence. 

Une personne m’a interpellé.e. Comment réagir ? 

Merci à lukayo pour le texte.

Reprend toi: on ne t’attaque pas. Tu es une bonne personne. Cela concerne ton comportement et les manières d’arrêter de faire du mal aux autres.

Ecoute: n’interrompt pas la personne qui t’a interpellée, ou ne réfléchis pas à des façons de te défendre. Concentre toi pour essayer de comprendre ce qui a heurté l’autre personne et sois empathique et compréhensif.

Reconnais/excuse-toi: Au lieu d’expliquer pourquoi tu as fait quelque chose, reconnais ce qui s’est passé et excuse-toi pour le mal que tu as fait.

(Demande) : (si la personne en face de toi a le temps et l’énergie, demande lui ce que tu aurais pu faire/dire à la place de ce que tu as fait/dit et/ou comment tu peux te rattraper.)

Avance: “La meilleure excuse consiste à changer de comportement”. Si on t’a donné des recommandations et des moyens de rattraper ton comportement, applique les. Ne refais pas du mal et utilise cette expérience pour aider les autres. 

Quels sont les liens entre un torse nu, les privilèges et la solidarité?

Merci au camp climat rhénan pour le texte.

Nous voyons le camp comme un espace où l’on questionne ses privilèges et les mécanismes qui régissent nos vies, ainsi qu’un espace où l’on expérimente certaines alternatives. Nous devons cependant reconnaître nos limites et celles des autres, dans la mesure où nous devons vivre ensemble dans un espace limité pendant un temps limité. Cela signifie que le camp climatique n’est pas une utopie réalisée, mais une façon d’y arriver. 

Quand il fait très chaud, beaucoup de personnes enlèvent leurs t-shirts. Ceci constitue un privilège, et peut gêner certaines personnes. Le problème des privilèges est qu’ils sont en général invisibles pour celleux qui les détiennent. Beaucoup de personnes ne se rendent pas compte que l’image d’un torse nu masculin* dans un espace public est socialement accepté alors qu’un torse nu féminin* est systématiquement sexualisé. Notre argument ne porte pas sur le port du t-shirt à proprement parler, mais sur le fait que nous vivons dans une société régie par le patriarcat. Une des manifestations du patriarcat est le fait que le corps des femmes*, trans* et inter* sont souvent objectifiés et séxualisés, ce qui fait qu’iels n’enlèvent pas leur t-shirt. La nudité est un tabou social, surtout lorsque le corps ne rentre pas dans les standards de beauté ou dans les normes de genre. Les personnes qui sont victimes du sexisme mais qui décident quand même de se balader topless sont souvent l’objet de regards, de commentaires ou d’autres types de transgression. 

Cette sexualisation et ce tabou sont également établis juridiquement : les tétons d’une femme* doivent être couverts, au risque d’être accusée d’indécence, qui est un délit mineur. Une femme* sur 3 ou 4 et un homme* sur 7 ou 8 a été victime de violence sexuelle dans l’enfance. 98% de cette violence a été perpétrée par des hommes*. C’est la raison pour laquelle la vision d’un torse nu masculin* peut rappeler des souvenirs violents et être très stressant pour certaines personnes. Pour celles-ci, il peut être très difficile de parler ou d’agir comme elles le souhaiteraient. 

Bien sûr, se balader torse nu peut constituer un acte d’émancipation pour les personnes qui subissent le patriarcat et/ou les normes de genre et/ou les standards de beauté. Le fait de s’opposer à ces normes et images sociales et de proposer une nouvelle approche de la nudité peut être très libérateur. Mais nous ne sommes malheureusement pas encore au stade où tout le monde se sent libre, bien que nous essayions d’y arriver. Beaucoup de personnes ne peuvent toujours pas se permettre de simplement enlever leur t-shirt et il est donc important que chacun.e puisse décider quand et si iel a envie de rencontrer des personnes nues.

Même si nous nous battons pour un monde différent et “meilleur”, nous faisons partie d’une société avec des standards de beauté hétéronormés et une culture sexualisée de la violence. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons que les participant.es au camp gardent leur t-shirt afin qu’on sue ensemble. Nous voyons le port du t-shirt comme un acte de solidarité envers les personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas se balader torse nu. Les enfants ne sont pas concernés par cette proposition – chaque enfant (ou son accompagnant.e) devrait pouvoir prendre cette décision iel-même.

Nous voudrions que la problématique du t-shirt contribue à stimuler notre propre apprentissage à tou.te.s, en particulier les hommes* cis-genres. N’hésite pas à demander plus de précisions si tu n’as pas compris de quoi il s’agit ou à en parler avec d’autres personnes, en particulier si cette proposition t’irrite (tout en te rappelant que la personne en face de toi n’aura peut-être ni l’envie ni l’énergie de t’expliquer les choses, dans la mesure où parler de sexisme peut être épuisant pour les personnes qui le subissent). N’hésite pas non plus à approcher des personnes qui ne portent pas de t-shirt. Nous espérons que ces discussions seront sponsorisées par le respect mutuel et la compréhension de l’autre. La question du t-shirt peut permettre à une personne de commencer à se questionner sur ses privilèges et en avoir davantage conscience. Nous espérons que les privilèges (et la manière d’y faire face) seront l’objet de nombreux échanges et discussions sur le camp (et plus tard !). Dans la mesure où le fait de connaître d’autres perspectives et d’apprendre les un.e.s des autres peut être très enrichissant, nous invitons explicitement les participant.e.s à former des groupes d’échange pour réfléchir sur leurs privilèges (et pour aider à la formation de ces espaces d’échange, par exemple un open space sur la masculinité* toxique).